jeudi, janvier 20, 2011

On ira danser sous la mer

On ne met jamais les voiles. On prend la mer, c’est tout.

A chaque voilier qui se renverse je me souviens du gilet de sauvetage que je n’ai pas emporté, je me souviens des naufrages précédents je me souviens avoir pensé la prochaine fois n’oublie pas le gilet de sauvetage mais on ne pense à sa survie que lorsqu’il est trop tard, alors les gilets de sauvetage sont bien rangés, pliés, là-bas bien trop loin dans le passé, à des milliers de kilomètres de l’instant où l’on se noie.

A chaque regard qui se détourne je perds un peu de force, à chaque regard qui cesse de se mélanger au mien je me vide un peu plus de ce qui tous nous anime, de ce qui dit nous somme vivants, à chaque fois que l’on ne me regarde plus je pense j’ai tout perdu et la force s’enfuit.

Parfois je pense un jour peut-être il y aura, quelqu’un qui ne se lassera pas de mélanger son regard au mien mais ce jour-là il sera trop tard, ce jour-là je n’aurai plus de force et je me serai figée, ensevelie sous les murmures du passé, ces murmures qui me submergent qui ne sont plus à moi et qui font que naufrage après naufrage, je me fige.

Alors parfois je t’en veux de m’avoir laissée là au milieu de l’océan sans gilet de sauvetage, je m’en veux de ne pas savoir nager, même après tant de noyades même après tant de submersions, je m’en veux d’être toujours ici, de penser on met les voiles alors qu’on prend la mer, c’est tout.

Dans mes tempes résonne inlassablement ma plus grande peur cette peur immense cette peur qui toujours m’a tuée, dans mes tempes résonne l’abandon et je ne bouge plus. Naufrage après naufrage je me vide un peu plus de ce qui fut moi-même je ne respire pas, je m'efface. On m'a laissée là, au beau milieu de cet océan que je ne sais toujours pas vaincre, et je suis immobile.

Je me suis figée.

7 Comments:

Anonymous Anonyme said...

Quand je lis tes mots, dès leur première lecture, je suis saisie d'admiration. Je me dis comment peut-on écrire si finement, décrire un sentiment, une émotion aussi clairement. Les images, comment te viennent-elles? Sur le fond, je ne sais pas toujours de quoi tu parles. Je veux dire quel regard se détourne? Pourquoi penser ça, pourquoi aujourd'hui? En tout cas, mes yeux posés sur tes mots sont happés par toute la puissance de ton écriture. Je fais le pari que ces morceaux de toi, tu les écris avec fluidité dès le premier jet. L'aisance de l'écrivain(e). Il y a la place pour les mots écrits et il y a la place pour les mots dits. Ils ne le sont pas aux mêmes heures ni aux mêmes lieux. J'aimerais tellement avoir la même pureté d'écoute et de dialogue, un jour, avec des mots dits à une personne. Je trouve ça difficile. Dans la vie, on est culbuté par tellement de sons, de vibrations, d'images, que j'ai souvent du mal à retrouver cette pureté. Je crois que cette pureté, on ne la retrouve que dans les moments graves. Ou bien les autres y arrivent mieux que moi. Oui, certainement. Mais je ne parle pas de tristesse, pas du tout. Je pense à une pureté intense qui permet d'accrocher avec l'autre et de construire fort, très fort. Et ça, dans la vie, ce n'est pas facile d'arriver à le mettre en scène et à le jouer mais je peux y arriver. Ca m'est déjà arrivé. Avec précaution. Beaucoup de précautions pour ensuite tourner, virevolter, voler, rire, danser, aimer, s'aimer, être forte. C'est un peu dépassé je sais, mais ça a de la valeur, la valeur de l'authentique, peut-être. C'est dépassé. Alors tu sais pourquoi je dis à toi merci, tellement, tu sais. Tu sais? C'est drôle car moi j'ai le sentiment que je nage tout le temps pour éviter de me noyer, au risque de m'épuiser. Et toi tu dis que tu ne sais pas nager. Je pense qu'il y a un équilibre à trouver entre nous deux non? Il y a toujours beaucoup de place pour du chemin les uns vers les autres. ;-) Je t'aime.

janvier 20, 2011 9:57 AM  
Anonymous Vide. said...

Tu sais, en vrai, tu seras jamais ensevelies sous les murmures de passé. Tu le crois depuis le début et pourtant, je n'crois pas qu'il y ait le moindre murmure de passé qui puisse t'empêcher de vivre un regard.
Ou alors tu le caches tristement bien.

janvier 20, 2011 6:40 PM  
Blogger maime-que said...

Anonyme > En fait, je ne sais pas quoi dire à part, merci, tellement en fait.

Vide > Et pourtant. Mais sois pas triste, il me reste quelques-uns de tes murmures à toi, en plus.

janvier 22, 2011 7:09 PM  
Anonymous Gling said...

C'est juste très beau.

janvier 23, 2011 11:27 AM  
Blogger maime-que said...

Oh !
Merci, Marine !
:)

janvier 24, 2011 8:13 PM  
Blogger Loup, y es-tu ? said...

Nous ne sommes jamais seul dans cet océan. Jamais.
Certains sont des rochers émergeant de toute cette eau, où se cramponner, pour ne pas se noyer. Certains sont ces gilets de sauvetage.
Nous ne sommes jamais seul dans cet océan. Mais reste la blessure du naufrage.

En tout cas, c'est magnifique, et toujours un plaisir de venir te lire ici.

février 09, 2011 7:16 PM  
Blogger maime-que said...

C'est toujours un plaisir, tout ce que tu me dis ici, aussi. Merci.

février 10, 2011 6:14 PM  

Enregistrer un commentaire

Links to this post:

Créer un lien

<< Home